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Dal 77 - Droit au Logement

défense des locataires et des familles

CHANGEMENT DE CAP !

CHANGEMENT DE CAP !

Tout sera forcément différent.

 

Chaque année à pareille époque surgit la pensée magique qu’une journée de plus à un calendrier grégorien change en principe la face du monde et les mentalités de chacun de nous. Alors nous y allons tous de la liste des vœux, des souhaits et des imprécations que nous adressons, le ton mielleux et la mine réjouie, à nos voisins et depuis l’intrusion du portable dans vos vies, au monde entier l’espace de quelques instants fatidiques.

 

Le moment est solennel, les cloches n’ont plus besoin de sonner, elles communiquent à coups de messages courts, de cartes électroniques, de vidéos prises sur le vif, langues de belles-mères au premier plan et joues empourprées par le champagne et les différents alcools qui sont censés nous garantir surtout une bonne santé ! Je ne sais pourquoi mais c’est l’heure précise où j’attrape le bourdon, le misogyne atrabilaire ne supportant pas la volée de bécots qui accompagne le changement de cap.

 

Pour les plus courageux, l’aventure avait commencé sur les coups de 20 heures avec une déclaration officielle émanant du Palais nous annonçant que nous allions changer non seulement d’année mais d’époque puisque le grand chambardement était en marche. Qu’un homme politique, fut-ce le premier d’entre-eux vienne à son tour faire étalage de ses vœux prouve bien que tout ceci n’est que fariboles et billevesées, que rien de ce qui est promis n’est véritablement sincère.

 

Quand on me promet la santé j’ai toujours le sentiment diffus que c’est à la prison qu’on voue mon année à venir. Je suis tellement mauvais coucheur qu’il conviendrait de m’enfermer et d’éviter ainsi aux braves gens de supporter mes plaintes et mes récriminations, mes fadaises et mes histoires abracadabrantes. La nation a besoin de filer droit, de ne voir qu’une tête et de n’entendre qu’une pensée, enfermons les mauvais coucheurs et les piètres penseurs.

 

Comment voulez-vous donc avec une telle mentalité que j’aborde avec enthousiasme ce tournant de la minuit qui restera éternellement l’heure du crime contre l’intelligence et la raison ? Les uns brûleront des voitures pour montrer leur joie, d’autres klaxonneront dans de semblables véhicules qui éviteront peut-être de griller un feu rouge. La liesse est nécessairement bruyante, tonitruante et spectaculaire, c’est la modernité qui impose l’exubérance sur commande et l’hilarité collective.

 

Pourtant le temps est une affaire sérieuse. Il vient de perdre d’ailleurs son plus grand narrateur en la personne de Jean D’Ormesson qui n’avait de cesse de décliner son histoire, ses conséquences et les enjeux de pouvoir qui ont prévalu à sa maîtrise. L’Académicien s’en est allé, sa dernière heure venue et le temps, ingrat personnage, continue son chemin sans lui !

 

Puis-je après cette diatribe vous adresser tous mes vœux ? Sans doute pas, je manquerais singulièrement de crédibilité à pratiquer à mon tour cette hypocrisie de façade, ce rituel usé jusqu’à la corde à force de grimaces et d’insincérité. D’ailleurs les mots sont bien curieux, entre le vœu et ce que mon voisin veut il n’y a qu’une minuscule variation orthographique en une époque où chacun justement prend ses désirs pour des réalités.

 

Alors, évitez donc de perdre votre temps à m’envoyer des messages sans profondeur ni valeur. N’ayant pas de téléphone portable, je vais échapper à la vague de la minuit. Je peux néanmoins figurer sur quelques listes numériques et recevoir des messages pré-fabriqués, des banalités si communes que des milliers d’autres vont les recevoir en quelques clics. Épargnez-moi la honte de ne pas vous répondre en m’écartant de cette incroyable folie, c’est là mon unique souhait, bien plus qu’un vœu, un désir impérieux.

 

Bon demain à tous. À chaque jour suffit sa peine. Le soleil ne fait qu’une rotation en vingt-quatre heures et se moque de savoir ce qu’après-demain sera. Tout ceci n’est qu’affaire de convention avec pour référence une naissance qui n’a même pas eu lieu le jour fixé et l’année donnée. Vous voyez, le temps a perdu lui aussi la tête et se moque de cet instant qui ne signifie rien.

 

Misanthropement vôtre.

P.-S.
NABUM
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