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Dal 77 - Droit au Logement

défense des locataires et des familles

Tous à la même table

Tous à la même table

 

Avec une toile cirée !

Il me faut venir sur cette autre toile afin de me mettre à table et avouer, toute honte bue, de biens étranges pratiques héritées alors de nos glorieux anciens et que nous eûmes sans doute le tort de perpétuer jusqu’à aujourd’hui. Je sais devoir désormais affronter la moquerie des générations montantes et résolument modernes, mais qu’importe, j’en ai si gros sur l’estomac de constater la disparition inexorable de ces pratiques révolues. Il conviendrait même de les qualifier d'obsolètes ou bien d'incongrues si ces mots n'étaient pas, eux non plus, passés d'usage chez ceux dont je me fais fort d'éclairer la bien triste lanterne.

Il fut un temps d’avant le téléphone portable, un temps antédiluvien en somme - je devine déjà qu'ils ne pourront pas me croire - où dans nos modestes cuisines, il n'y avait ni congélateur, ni micro-ondes, ni télévision, ni le moindre écran. La chose va leur paraître si étrange qu'ils me prendront pour un demeuré ou un vieux fou (ce qui n'est pas tout à fait faux). Je n'irai pas jusqu'à évoquer l'absence du réfrigérateur, cela en serait trop pour eux et jetterait définitivement un froid glacial entre nous.

Pourtant, nous avons connu cette époque glorieuse où le repas se pensait et se préparait à l'avance, où il fallait faire quelques achats le jour même alors que nous n'avions alors pas la possibilité de recourir au supermarché. Nous allions chez des commerçants de proximité – espèce en voie d’extinction hélas - qui rechargeaient le lait à la fontaine, qui ne vendaient des bouteilles pleines que contre l'échange de contenants vides et qui se fournissaient chez des producteurs locaux.

Nous achetions, la chose est plus étonnante encore, nos légumes chez le maraîcher du coin qui n’utilisait alors ni pesticides ni produits phytosanitaires sans penser à se prétendre Bio. Nous devions ainsi subir les caprices des saisons et les aléas du temps, ne manger que les fruits et les légumes qui poussaient en cette époque. Nos aliments n'étaient que ceux qui venaient de la région et la viande arrivait des abattoirs municipaux ou bien de l'arrière-cour. On tuait encore – quelle horreur - le poulet ou bien le lapin et certains poussaient l'originalité jusqu'à engraisser le cochon.

Passer à table supposait donc une organisation qui se respectait, un rituel auquel il convenait de ne point déroger. Celui ou le plus souvent celle qui avait préparé « à manger » avait passé du temps à s'approvisionner, à éplucher des légumes qu'on ne vendait pas encore tout prêts puis à mijoter avec amour ce qui allait donner lieu à la grande célébration d’alors : le repas familial. Le pain était frais du jour, pétri par un boulanger qui s'était levé aux aurores pour remplir son office avec l’amour de son métier chevillé au corps.

C'est ainsi que midi et soir, toujours à la même heure, règle incontournable dans toutes les familles, même si de l'une à l'autre, l'horaire n'était pas souvent le même en fonction du métier exercé ou des coutumes de chacun, la famille au grand complet passait à table. Gare à celui qui manquait l'heure. Il lui fallait alors excuse en béton pour supporter la colère paternelle ou le courroux maternel !

Je crains une fois encore de ne pas être cru. Le menu était unique. Pas d'option particulière ou de variante spécifique pour le caprice de l'un, les dégoûts de l'autre et les envies du petit dernier. C'était à prendre et à finir, sans échappatoire aucune. La famille tirait sa solidité et sa solidarité véritable de son passage à table. C'était le grand échange des nouvelles, la conversation allait son train entre deux bouchées du même plat partagé. La télévision, pour peu qu'elle fût déjà inventée, ne trônait pas en majesté, inondant la maison de sa tonitruante présence..

Les préliminaires étaient eux aussi incontournables : on se lavait les mains, il est vrai qu’en ce passé glorieux, elles avaient encore pleinement leur utilité- alors qu’aujourd’hui, seuls les doigts servent à tapoter sur un clavier - puis on prenait sa serviette, glissée dans un rond à son prénom. Plus surprenant encore, il convenait d’être tous là et d’attendre que chacun fut servi pour commencer à manger. L’eau seule permettait de s’hydrater et nul soda ne trouvait place sur la toile cirée.

Quand la célébration était achevée, les plus jeunes ne voudront en rien me croire, personne ne se levait de table avant que le signal en fut donné par le chef de famille. Ce n’était pas alors pour s'égailler dans les chambres ou bien partir rejoindre ses amis. Non, il fallait encore, en ces temps glorieux, débarrasser la table, ranger le pain et les carafes, faire la vaisselle, la ranger dans le placard. Personne ne pouvait s'échapper. Chacun tenait un rôle dans cette ruche bourdonnante ou on lavait, rinçait, essuyait et rangeait tandis que d'autres préparaient le café (il n'y avait pas non plus de cafetière électrique), essuyaient la table ou balayaient la cuisine où se prenait le repas.

Cette fois, on peut cependant noter quelques variantes suivant les familles ou les régions. Chez certains, le café était bu dans le verre de table à condition qu'il fut « Duralex », il ne pouvait en être autrement. Dans ce cas, la vaisselle était postérieure à ce moment. Chez les autres, il n'était pas concevable de le boire sur une table encore ornée des reliefs du repas. Les tasses étaient sorties après la vaisselle et elles attendaient jusqu'au repas suivant dans l'évier.

Mais en dehors de cette menue différence, dans tout le pays, le protocole ne différait guère pour cet incroyable récit qui vient de vous être livré. Autour de la toile cirée, chacun tenait son rôle et ne sortait pas du cadre. Il y avait en ce temps-là un rituel sacré qui laissait chacun à sa place. Les enfants ne faisaient pas selon leur unique fantaisie. Il se trouve que cela se sentait à l'école comme en bien d'autres endroits.

La poubelle ne regorgeait pas d’emballages multiples. Les plats cuisinés tout préparés, les sauces rouges et sucrées, les parts individuelles, les compléments alimentaires, les horreurs de la grande distribution, prétendument comestibles n’étaient pas envisageables. Manger était alors tout autant un art de vivre qu’une grande messe familiale au lieu de cet empoisonnement sournois et à petit feu d’aujourd’hui. Il n’appartient qu’à vous de revenir à la raison, vos enfants vous en seront plus tard reconnaissants.

Bulle-gommement vôtre.

NABUM

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