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Dal 77 - Droit au Logement

défense des locataires et des familles

Lutte contre l'illettrisme : une urgence absolue dans une société de plus en plus numérique

 Lutte contre l'illettrisme : une urgence absolue dans une société de plus en plus numérique

Texte tiré de Lettrasso, hebdomadaire d'information ….

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De l'illettrisme, qui est l'incapacité pour un individu de déchiffrer un texte simple, à l'illectronisme qui désigne les personnes qui sont dans l'incapacité d'utiliser les outils numériques, une fracture béante se creuse sous nos yeux. En France, l'illectronisme touche environ 14 millions de personnes dont 9 millions sont déclarées illettrées (1). C'est l'un des plus grands facteurs d'inégalité sociale. Et ce n'est pas la dématérialisation complète des services publics prévue pour 2022 qui aidera à combler cette béance.

Les associations qui luttent contre ces fléaux se trouvent de plus en plus démunies face à la baisse continue des subventions de l'Etat, alors que ce même Etat ne cesse de proclamer qu'il s'agit d'une grande cause nationale.

Les administrations concernées, nationales ou locales, expliquent à longueur de réunions, aux responsables associatifs "convoqués", que c'est le fait d'employer des salariés qui plombe leur budget. Et de prôner l'utilisation massive de bénévoles pour "aider les apprenants à comprendre les rudiments de la langue".

Et les associations d'expliquer, encore et encore, que c'est la professionnalisation des professeurs qui permet d'appliquer, avec toute la rigueur nécessaire, les méthodes recommandées. Malgré toute la bonne volonté des bénévoles, apprendre à lire et à écrire à un illettré doit être le fait d'un professionnel. Pourrions-nous confier le rôle d'une assistante sociale à une bénévole ?

Et si l'argument fait mouche, il suffit rarement à maintenir la subvention indispensable à l'équilibre financier des associations de lutte contre l'illettrisme. Et c'est ainsi que des structures, pourtant fortes d'une expérience irremplaçable, disparaissent à cause de l'incurie d'administrations qui ne comprennent pas, qu'au 21ème siècle, la dame patronnesse n'a plus sa place dans notre paysage associatif.

Interrogé par une députée qui demande au Gouvernement ce qu'il entendmettre en oeuvre afin de lutter efficacement tout à la fois contre l'illettrisme et l'illectronisme, le Premier ministre a fait une réponse de...circonstance.

Dans ce contexte, il convient d'abord de rappeler que la lutte contre l'illettrisme est une compétence partagée avec de nombreux acteurs. Elle repose aussi sur l'action conjointe de l'État, des collectivités territoriales, notamment des régions, des entreprises et des acteurs de la société civile comme les associations et les fondations. 

S'agissant de l'action du gouvernement, plusieurs initiatives importantesont déjà été prises pour lutter contre l'illettrisme à tous les âges de la vie. En matière de prévention, l'Education nationale joue un rôle essentiel pour les enfants et, plus largement, pour les familles, en termes d'apprentissage de la langue, de partage de nos valeurs et de socialisation. Ainsi, le dédoublement des petites classes en réseaux d'éducation prioritaire favorisera les premiers apprentissages. 

Pour les élèves allophones nouvellement arrivés en France, l'apprentissage de la langue française est soutenu par la mise en place dans les écoles d'unités pédagogiques pour élèves allophones, dans lesquelles l'objectif de maîtrise du français est primordial. Outre les enfants, les parents étrangers allophones peuvent suivre des cours de français à l'école. Le dispositif "Ouvrir l'école aux parents" a été créé en 2008 par les ministères de l'Intérieur et de l'Éducation nationale. 

Ce dispositif a bénéficié à 6 762 parents en 2016 dans 435 ateliers dans 70 départements (soit une moyenne de 16 personnes par atelier), et concerne pour une large part un public féminin (82 % des publics) qui va au-delà des primo-arrivants (les primo-arrivants représentent 48 % des publics). En ce qui concerne les publics adultes, le Gouvernement a lancé, le 25 septembre 2017, un Grand plan d'investissement qui vise l'accélération de la transformation numérique et écologique de la France. 

Il énonce l'objectif de construire une société des compétences et proposeun Plan d'investissement dans les Compétences (PIC), en vue de former et d'accompagner un million de demandeurs d'emploi et un million de jeunes peu qualifiés et éloignés du marché du travail. Il s'agit d'un effort sans précédent dans la formation qui sera déployé sur cinq années. 

Ainsi, en vertu des dispositions de l'article 34 de la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, le Plan d'investissement dans les compétences comportera un important volet de lutte contre l'illettrisme. Cet article précise en effet que le déploiement de ce Plan devra s'opérer "en insistant en priorité sur les personnes en situation d'illettrisme avec ou sans activité professionnelle". 

Concernant l'illettrisme numérique, environ 13 millions de nos concitoyensdemeurent éloignés du numérique : ils n'utilisent pas ou peu internet, et se sentent en difficulté avec les usages des technologies numériques. Le secrétaire d'Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, a présenté le 13 septembre dernier, dans le cadre des Rencontres nationales de la médiation numérique à Nantes, le dispositif opérationnel du plan d'aide aux exclus du numérique. 

Ce Plan prévoit, d'abord, un ensemble d'actions destinées à faciliter la détection des publics en difficulté, mieux encadrer les aidants qui accompagnent les usagers dans leurs démarches, ou encore renforcer les structures de médiation. Il prévoit également le lancement de l'expérimentation d'un "pass numérique" qui va contribuer à structurer les réseaux de la médiation. Ce pass fonctionnera sur le principe des chèques culture. Remis de manière ciblée aux personnes en difficulté, il donnera accès à des formations et à des ateliers dans des lieux de médiation et d'accompagnement numériques agréés. 

Le 27 septembre dernier, Mme la députée Béatrice Piron, Présidente du groupe d'études sur l'illettrisme, et M. Thierry LEPAON, Délégué interministériel à la langue française pour la cohésion sociale, ont organisé conjointement à l'Assemblée nationale un colloque portant sur la lutte contre l'illettrisme et l'illectronisme

Ce colloque a réuni des apprenants, des élus, des représentants des services de l'Etat, des collectivités territoriales, des fondations, des réseaux associatifs, des partenaires sociaux ou des acteurs de l'entreprise qui ont prouvé leur engagement à faire vivre ce qui a été reconnu en 2013 comme "grande cause nationale". 

Le gouvernement restera attentif à ce que les personnes les plus fragilesretrouvent leur autonomie et leur dignité à travers l'accès aux savoirs de base. La lutte contre l'illettrisme et l'illectronisme est un devoir de justice sociale.


 

Selon la responsable d'une importante association de lutte contre l'illettrisme, "si la réponse du Premier ministre est séduisante, elle reste hors sol en ce qui concerne les financements. De plus, les administrations ne comprennent pas que dans une famille d'illettrés, il faut aussi bien travailler avec les enfants qu'avec les parents. Sans cela, ces derniers seront en incapacité de suivre la scolarité de leurs enfants. Or, ce point est constamment nié par l'Etat et les fondations. Il manque une vision globale de la situation."

Pour ce qui concerne la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, la même responsable associative nous explique : "le Plan d'investissement dans les compétences comportera un important volet de lutte contre l'illettrisme, mais cette loi sera-t-elle appliquée ? Où sont les décrets d'application ? Le Pôle emploi n'a aucun financement pour ce sujet et pourtant il nous envoie un quart de nos apprenants."

Actuellement, le financement de la lutte contre l'illettrisme repose presque exclusivement sur les collectivités territoriales qui manquent cruellement de moyens. Notre responsable associative conclut un peu amère : "je suis heureuse d'apprendre qu'un colloque portant sur la lutte contre l'illettrisme et l'illectronisme a été organisé à l'Assemblée nationale. Mais, le CLAP Sud-Ouest (Comité de Liaison des Acteurs de la Promotion) qui est le réseau régional d'associations et de personnes qualifiées dans la lutte contre l'illettrisme dans notre région, n'en a jamais été informé".

En savoir plus
(1) Une étude de l'Institut CSA du 26 juin 2018, dont le syndicat de la presse sociale est à l'origine, révèle que 23 % des Français seraient concernés. Ce taux s'élèverait à 58 % pour les plus de 70 ans. Si presque tous les foyers sont équipés d'au moins un outil d'accès au numérique, près d'un quart des Français ne sont pas l'aise avec le monde digital et d'internet.

Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme

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