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Dal 77 - Droit au Logement

défense des locataires et des familles

Corrida : quand le Covid-19 vient au secours des taureaux

Un texte d'un de nos amis sur la question des corridas

Après la Féria de Pâques qui devait être organisée dans la ville d’Arles du 10 au 13 avril, c’est l’édition 2020 de la Féria de Nîmes, prévue du 28 mai au 1er juin, qui est annulée, terrassée par une particule virale de 0,3 microns. La même cause produisant les mêmes effets en Espagne, de nombreuses corridas, notamment les célèbres fêtes de San Fermin, programmées du 6 au 14 juillet à Pampelune, sont également passées à la trappe pour cause de pandémie…

JPEG Ils risquent d’être déçus, les taureaux de combat, ceux que nos voisins espagnols dénomment toros de lidia ou toros bravos. Depuis leur prime jeunesse, ces animaux – vêtus, il faut leur reconnaître cette élégance, d’un splendide habit de cuir couleur de deuil – ont été roulés dans la farine par les hommes pour devenir les sacrifiés d’un jeu de dupes assassin, directement hérité des antiques jeux du cirque. Une mise à mort scénarisée, théâtralisée, chorégraphiée, ayant, sous couvert de tradition et d’esthétisme, pour seul véritable but d’assouvir le plaisir malsain des aficionados, autrement dit la satisfaction par procuration de leurs instincts profonds, codifiés par la civilisation pour sauvegarder les apparences.

Or, voilà que l’émergence dans la vie des hommes d’une infime particule virale prive ces braves taureaux de ce qu’ils croient devoir être le couronnement de leur carrière : un affrontement viril sur le sable chaud de l’arène. Car ils sont comme cela, ces nigauds infatués, si fiers de leur robuste ossature et de leur impressionnante masse musculaire. Arrogants et imbus de leur force, ils sont persuadés que, malgré les tortures infligées par les piqueros (picadors) et les banderillos, leur destin est de terrasser le matador à la pointe de leurs cornes et sous la puissance de leurs sabots. Et cela, comble de jouissance, sous les applaudissements frénétiques et les cris enthousiastes d’un public subjugué par la victoire de l’animal en souffrance, tout dégoulinant de sueur et de sang, sur l’homme porteur de l’habit de lumière où l’or du triomphe attendu se mêle au sang de l’humiliante défaite.

Eh oui, c’est de cela qu’ils rêvent, les taureaux de combat : encorner le matador, puis, sous les clameurs de délicieuse horreur du public, l’étripailler sauvagement et disperser ses viscères dans l’espace arénacé. Un seul regret : ne pouvoir lui couper les oreilles et la queue, le règlement est formel sur ce point ! Malgré tout, quel beau rêve que celui-là ! Hélas ! la chose ne se verra ni dans la bonne ville d’Arles, ni dans celle de Nîmes, pas plus que dans les hauts lieux de la corrida espagnole, de Pampelune à Séville. À vrai dire, ces magnifiques toros bravos ignorent encore tout de ces annulations, faute de s’intéresser aux médias. Il n’empêche que beaucoup commencent à s’étonner de passer plus de temps dans les pâturages, tels de vulgaires bovins destinés à fournir la viande AOP des boucheries, qu’à s’entraîner dur pour que vienne le temps de leur gloire, à l’image d’Islero, le tombeur de Manolete. Par chance pour eux, il n’est pas encore question de transformer ces athlètes en entrecôtes, en rumstecks et en faux-filets. Ils peuvent donc tranquillement ruminer leur contrariété.

Bien qu’ils soient confinés pour cause de coronavirus, et peut-être inquiets pour eux-mêmes et leur proches de la progression du Covid-19, les militants du Comité Radicalement Anticorrida (CRAC) et de l’Alliance Anti-Corrida ne peuvent sans doute pas s’interdire de penser qu’« À quelque chose malheur est bon ». Ce contretemps sanitaire va en effet sauver de nombreux taureaux de la barbarie des arènes. Un constat partagé, outre-Pyrénées, par leurs homologues espagnols de l’ADDA (Association de Défense des Droits de l’Animal) et du PACMA (Parti Animaliste Contre la Maltraitance Animale), très engagés dans la lutte contre les tortures et les mises à mort infligées aux toros de lidia. La corrida, ce sont d’ailleurs les Espagnols – de plus en plus hostiles à cette pratiqué d’un autre âge – qui en parlent avec le plus de pertinence, et les musiciens du groupe Ska-P qui la chantent le mieux dans Vergüenza (Honte).    FERGUS

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